XIIIème siècle : La route royale Nîmes - Saint Flour
Au moyen-âge, la crête de la corniche des Cévennes reprend progressivement
une importance fondamentale dans la communication humaine entre le sud
du massif central et les plaines du Languedoc. Selon les époques
(de l'époque gallo-romaine à l'époque moderne) plusieurs trafics
importants y transitent. Huiles, vin, eau-de-vie et sel montent du
Languedoc vers l'Auvergne, En échange, le Languedoc reçoit du massif
central fer, chanvre, toiles, grain, fromage... Le Gévaudan exporte des
bêtes à cornes, chevaux, mulets, moutons... vers le midi
Au XIIIème siècle, l'itinéraire s'intègre à
la "route royale Nîmes - Saint Flour". Quelques vestiges de ce "chemin
royal" sont encore visibles, par exemple près du col Saint Pierre, sur
le roc dominant l'embranchement de la draille de Saint Etienne Vallée
Française, ou une section d'une centaine de mètres de longs peut
s'observer, avec ses ornières.
C'est à cette époque que le prieuré bénédictin de Saint Pierre du pas de Dieu
est créé au col Saint Pierre. Des ruines étaient encore apparentes au XVIIème siècle, d'après le compoix de Saint Jean du Gard de 1644, mais
on n'en trouve plus aucune trace aujourd'hui (cec
1969 n°4, p. 398)
Quelques siècles plus tard, l'itinéraire tombe à nouveau en
désuétude.
XVIIème siècle : un chemin royal pour lutter contre les camisards
Dans le dernier quart du XVIIème, durant les troubles religieux qui
ébranlèrent les Cévennes, l'intendant Basville a fait élargir ou tracer
des voies de circulation efficaces pour permettre de mener au mieux la
bataille contre les protestants des Cévennes. Notre itinéraire fait
partie du lot : des chantiers sont ouverts dès 1695. En 1702 sous la responsabilité de Pagezy et de la Rouvière les travaux sont achevés entre Saint-Pierre et
Saint-Roman de Tousque. La corniche est maintenant un "chemin royal" de 15 pieds de large,
décrit par Basville comme "assez large
pour y faire circuler du canon et porter des bombes en cas de besoin".
Les camisards n'ont qu'à bien se tenir !
Les noms de plusieurs lieux-dits de la corniche sont d'ailleurs
aujourd'hui (librement) interprétés comme des témoignages de la guerre
des camisards. Le col de l'exil devrait ainsi son nom au dernier regard
que les proscrits et les prisonniers portaient sur le pays avant de le
quitter, souvent de manière définitive. Sur la can de l'Hospitalet,
le col du Rey aurait été le siège d'un affrontement entre soldats du roi et
camisards (pet, p. 63).
Malgré ces grands travaux, la route est fragile : coupée par les
camisards, les parapets détruits, elle se détériore rapidement. Il semble tout de même que dans les heures les plus chaudes de la
guerre des camisards, personne, civils ou militaires, n'ose l'emprunter
(hvc, p. 147) !
En 1713 plusieurs mulets tombent dans les ravins, aussi en 1717 les Etats du
Gévaudan discutent de la remise en état du chemin entre Saint-Pierre et le
Pompidou. Dans la traversée de la can par contre on se limite à la pose de
Montjoies en 1696.
Pendant ce temps, en 1716, après les troubles, l'intendant Basville
souhaite continuer sur sa lancée d'aménageur et faire ouvrir une route
directe entre le Languedoc et l'Auvergne. Il demande à l'ingénieur Cruvier une étude comparée des tracés d'Alès à Saint Chély d'Apcher,
soit par Villefort, soit par Saint Jean du Gard, Florac et Mende
(reprenant ainsi le tronçon déjà aménagé). C'est le tracé par Villefort
qui est choisi (il sera abandonné 4 ans plus tard au profit d'un
itinéraire par le Puy suite à des pressions des marchands du Velay).
L'heure d'un grand itinéraire interrégional moderne sur la corniche n'a
pas encore venu. Mais à partir de 1720 l'itinéraire est parfaitement
"roulant" et s'ouvre au trafic intense des muletiers et des charrois qui
remontent vin et sel du Languedoc et descendent les étoffes de serges et
cadis du haut-Gévaudan.
Un ensemble de travaux d'amélioration est entamé : dès 1731 aux
alentours de Terre
Rouge et sur la portion Le Pompidou - col Saint Pierre, en 1757 on
améliore la montée entre le Pompidou et la can,
1745. Afin de guider les voyageurs les jours de brouillard ou de tourmente,
les états du Gévaudan font dresser les "Montjoies" qui bordent la route
traversant la can de l'Hospitalet (date incompatible avec celle de 1696 citée
ci-dessus).
1745 - 1788 : du mas du Rey à Florac on met en place un tracé en
grande partie nouveau en raison du danger que présente la descente de
Font des Vaches. Désormais par Nozières et Saint-Laurent de Trèves on
rejoint le Tarnon au pont du Mazel. Ensuite longeant le rebord du causse
le long de la vallée on parvient à Florac. Les chantiers se développent
à partir de 1745. D'abord par la réfection du pont du Mazel. Ensuite
avec l'aménagement de la rampe de Saint-Laurent de Trèves. Les travaux
commencés vers 1750 ne sont pas terminés en 1788 car on doit faire face
à des glissements d'argile.
Vers 1771 on travaille de part et d'autre du col de l'exil. A noter
que la famille de Bernis détentrice du château de Salgas a profité de la
mise en place de la route pour désenclaver sa résidence. En 1771 c'est
chose faite avec un chemin carrossable entre le col de Solpérière et
Salgas, la cardinale.
En 1774 on signale un chantier entre Saint Roman et le Castanier.
En 1787 c'est un constat d'échec que présente le syndic des états du
Gévaudan. Le responsable est l'ingénieur Boissonnade qui a sous-estimé
la friabilité des schistes face aux attaques de la neige et de la pluie.
De plus le mauvais état de la route décourage les candidats à
l'adjudication. Pourtant il faut terminer à n'importe quel prix
l'aménagement car d'ici quelques années on va subir la concurrence de la
route d'Auvergne à Montpellier par Marvejols. Dans l'état actuel des
choses en 1789 la chaussée est incapable de résister au passage
journalier des rouliers.
1788 - 1789 : les états du Gévaudan investissent des crédits massifs
sur la corniche.
1788 : des montjoies sont placés sur le causse (encore ? Il n'y en a
pourtant pas tant que ça !)
Le 16 Décembre 1811, sous le premier empire, un décret impérial fait
la distinction entre routes impériales et routes départementales. Il
définit le classement de 229
routes impériales et de 1.169 routes départementales. Il fixe par Le Pompidou
le passage de la route impériale n° 127 de Nismes à St-Flour. Une telle décision était logique, aucune autre
liaison valable n'existait à l'époque entre les deux localités de
Saint-Jean-du-Gard et Florac. La corniche est renforcée dans son rôle de
grande circulation.
1836 - 1872 : la route impériale, puis la N 107 : l'apogée
L'itinéraire est parsemé de relais de toutes sortes pour faciliter
les trajets.
Rien
que sur la montée de la can versant Tarnon, existaient plusieurs relais de poste
et caravansérails : La baraque (actuelle Carlèques ?), Saint Laurent
de Trèves (relais de poste), Nozière, le col du Rey... Il semblerait que sur le plateau même de la
can il n'en existe qu'un : l'Hospitalet. Les voyageurs préféraient passer cet
obstacle jugé dangereux (surtout en hiver) dans la journée, et dormir en bas.
En 1836 est créé au Pompidou un relais de postes à chevaux qui prête
des chevaux de renfort aux malles-postes et aux voyageurs. Mais la poste
à chevaux, tuée par la voie ferrée, sera supprimée sur la nationale 107
en 1872.
La côte Saint Pierre (qui relie Saint Jean au col Saint Pierre) est ouverte à cette époque, au détriment de
l'ancien chemin qui escaladait la crête de l'Affenadou depuis le pied de
côte. A deux
kilomètres du col est construit un relais pour les diligences au
lieu-dit la Baraquette. Il sera détruit au moment de l'élargissement de
la route.
1884 - 1930 : l'abandon
A partir du début du XIXème siècle, de nombreux usagers se
plaignent du mauvais état de la route. Laurent Parlier, châtelain au Pompidou,
argumente pour la réhabilitation
de plusieurs tronçons, en particulier celui qui monte du Pompidou à la can. Il
propose également la mise en place, sur toute la longueur de la can, de
Montjoies (poteaux de pierres) pour guider les voyageurs en cas de brouillard et
de Tourmentes.
Au milieu du XIXème siècle, sous la monarchie de juillet (1830 - 1848),
et suite au nombre de plaintes croissantes qui fusent de toute part, l'administration entreprend d'améliorer
le passage entre Florac et Saint Jean. Trois alternatives sont étudiées pour la
nouvelle nationale 107 :
- Soit améliorer l'itinéraire de la 107 existante
- Soit en créer un nouveau par la vallée de la Mimente, Fontmorte, Saint Martin de Lansuscle, Saint
Etienne Vallée Française
- Soit en créer un nouveau par la vallée du Tarnon, le col du Marquaïres et la vallée Borgne
Durant 6 années, la discussion va faire rage entre les défendeurs de l'une ou
l'autre de ces alternatives. Chaque commune souhaite évidemment voir midi à sa
porte et s'empresser de trouver des argumentaires souvent tordus pour
discréditer le voisin et réhausser l'intérêt pour le pays tout entier de faire
passer la route chez lui. Un excellent
article de la revue Causse et Cévennes n°4 de 1970 raconte cet épisode dans
le détail.
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