La piste muletière Anduze - le col du Rey
Depuis Anduze, un chemin muletier remontait la vallée du Gardon par Saint Jean
de Gardonnenque. Peu après ce dernier bourg, à pied de côte, il gravissait au pris
d'une forte rampe le versant de l'échine schisteuse séparant la Vallée Borgne du Valfrancesque. C'est alors qu'il pénètrait
en Gévaudan à la chapelle Saint-Pierre. Il se maintenait ainsi au voisinage de la ligne de faite jusqu'à Saint-Roman de
Tousque. Là deux variantes s'offraient à la circulation.
Par la "corniche des Cévennes"
La première utilise d'abord la crête schisteuse, soit de Saint-Roman de
Tousque au Pompidou. Sur cette portion la chaussée souffre beaucoup de la
présence de schistes friables, proie facile du ravinement lors des pluies
orageuses de l'automne. |

Photo publiée dans la revue
Causse et
cévennes n°4 de 1957 (p. 67) |
Sur une douzaine de kilomètres, dans tous les passages
difficiles (dalles de schiste lisses et inclinées), de
profondes cuvettes circulaire de 10 à 20 centimètres de
large avaient été creusées pour assurer le pas des mulets.
Les multiples aménagements modernes de la crête ont peu à
peu fait disparaître la majeure partie de ce tracé. Peu de
temps après la guerre, un tronçon qui subsistait encore dans
la rampe aboutissant au col de l'Exil a été englouti.
Au printemps 76, pour porter à 10 mètres de large la route de la
corniche, et en faire une "voie rapide destinée à relier les
fonctionnaires de la préfecture de Lozère à la préfecture
régionale du Languedoc-Roussillon à Montpellier", un magnifique
tronçon de la piste muletière, près du Vernet, entre les
cols de l'exil et Saint Pierre, a été impitoyablement raboté.
(Camille Hugues,
cec 1977 n°3, p. 363). Il n'en subsiste qu'une tranchée profondément
creusée dans la roche sur plusieurs dizaines de mètres de
long, présentant des trous régulièrement espacés. Elle
débouche au sommet du talus amont de la route de la
corniche, et finira probablement rapidement sa vie dans une
érosion rapide et sans âme. |
| Bordel de Dieu, qui sont les imbéciles qui
ont donné ces directives débiles (je précise que ma colère ne va pas
vers les fonctionnaires, qui en entendent déjà des vertes et des pas
mûres sur leur compte, et qui n'en avaient probablement rien à foutre de
relier plus vite la capitale régionale). Bon. Pour être tout à fait honnête, je me dois de signaler que
l'interprétation de ces traces est controversée : certains
n'y voient pas du tout une piste muletière mais une laverie
de minerai grâce aux eaux de ruissellement qui
entraîneraient les matériaux indésirables par la force du
courant, tandis que les métaux plus lourds resteraient
coincés par gravité dans les trous... De nombreux gisements
de minerais se trouvent à proximité (en particulier le
gisement de fer de la Valmy), mais pour tout dire je n'y
crois pas du tout, il me paraît tout à fait déraisonnable
d'imaginer que des hommes se soient fait chier à creuser le
schiste pour ça, si loin de l'eau courante... et puis... ce
truc, y a pas à dire, ça m'évoque un chemin, voilà tout.
Après le Pompidou la piste muletière escalade la can, sans doute
au voisinage du domaine des Crottes. A l'Hôpital de la Fage-obscure
(actuel
Hospitalet), il retrouve une
draille, jusqu'au péage du
Mas du Rey. |
Par la vallée française
En hiver la traversée de la can est très dangereuse en raison de la
neige et des brouillards. Une seconde variante permettait d'éviter donc
partiellement ce milieu physique si
hostile.
Elle emprunte en effet le fond de la vallée du Gardon de Sainte-Croix.
Le problème ici est la raideur des versants par lesquels on passe de l'échine
schisteuse ou du causse à la vallée. Au départ de Saint-Rornan c'est une
descente vertigineuse vers Sainte-Croix. Ensuite on remonte la vallée par Pont
Ravatger. Au delà il faut de nouveau escalader le versant soit par Biasses et
Mazeldan, soit par Trebessac. Quoi qu'il en soit on débouche sur la Cam de Barre
et on arrive au bourg de Barre où s'opère la fusion avec le
chemin muletier Alais - Col du Rey. Ce que je
ne comprends pas dans ce tracé, c'est pourquoi il commence par monter de Saint
Jean vers Saint Roman de Tousque avant de redescendre vers Sainte Crois, alors
qu'il serait plus économe en énergie de passer directement de Saint Jean à
Sainte Croix par Saint-Etienne Vallée française sans monter sur la crête...
Peut-être n'existait-t-il pas de passage Saint Jean - Saint-Etienne à l'époque ?
C'est sous la forme d'un tracé commun aux deux itinéraires que l'on atteint
le mas du Rey et le chemin passant par le Pompidou.
Des destins différents
Sous la monarchie absolue les deux chemins vont connaître un sort différent.
L'itinéraire par les crêtes est classé comme chemin royal des Cévennes en 1684
ce qui le promettra à un avenir de piste carrossable
L'itinéraire par la vallée du Gardon de Sainte-Croix n'est qu'un chemin de
secours pendant l'hiver. On va donc en faire seulement un bon chemin muletier.
Prévu dès 1723 sous la pression du bourg de Barre qui espère ainsi un regain
d'activité pour ses foires et marchés, l'aménagement démarre à partir de 1744.
Il concerne la portion entre Pont Ravatger et Barre.
(crd
p.15)
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