Surprise sous les panneaux de particule...
La journée du lendemain est donc consacrée au démontage des panneaux de
particules couvrant la partie gauche du toit. Ces sacré panneaux nous ont bien
énervés : fragiles, et pourtant trop bien fixés à leur support par des clous
monstrueusement disproportionnés. Difficile de rester délicat lorsque le pied
de biche arrache le bois tout autour du clou et que celui-ci reste
rigoureusement immobile. C'est à grand renforts de hurlements que l'équipe a
terminé le travail, atomisant les panneaux à grands coups de masse. C'était
la partie facile de l'opération. Sous les panneaux nous attendaient de drôles
de surprises. 
Un
étroit espace vide, probablement destiné à faciliter l'aération, a
été ménagé entre les panneaux et la couche inférieure (de grosses poutres
jointives servant de plafond aux pièces situées au dessous). Ce vide constitue
un vrai petit labyrinthe desservant l'ensemble de la maison par les combles.
Inutile de dire que cet endroit magique, chauffé et à l'abri des pluies et de
vents, a constitué depuis des décennies un repaire rêvé pour toutes sortes
d'animaux.
Des crottiers nombreux et fournis sont répartis un peu partout,
preuve de la grande fréquentation du lieu. Il y a des déjections de toutes
formes, de toutes tailles et de toutes odeurs. Pour le goût je ne sais pas mais
je soupçonne la même diversité. Nous évacuons le tout et poursuivons notre
exploration - nettoyage plus avant. Une quantité incroyable de
gravats est accumulée là, vestige des techniques de couverture d'autrefois :
sur les toits à faibles pentes, les lauzes étaient en effet tout simplement
posées, sans être fixées, sur un lit de tout venant destiné à les caler
correctement pour ne pas qu'elles bougent.
De toute évidence, le toit a été refait à plusieurs reprises et chaque
génération de couvreur y a été de sa propre couche supplémentaire. Ce qui
est étonnant, c'est qu'au milieu de gravats sans valeur, on trouve des stères
et des stères de vieux bois, rebuts d'anciennes poutre voire même sections de
troncs d'arbres de belle taille. De quoi chauffer la maison pendant plusieurs
semaines... Le bois avait donc si peu de valeur à l'époque qu'il serve ainsi
de matériau de comblement ? Notre intention étant d'insérer une isolation
correcte entre les bardeaux et les plafonds de la maison, il n'y a pas le choix
: nous devons déblayer, déblayer et déblayer encore. Des dizaines de
brouettes partent ainsi vers le bas, dans une poussière indescriptible. Le
monte-charge nous est d'un grand secours, nous avons de la peine à imaginer le
labeur qui a été nécessaire pour monter tout ça ici, seau par seau
probablement.
Pour terminer, c'est la surprise :
Une patte de chèvre momifiée est coincée là, entre deux poutres,
manifestement déposée par une main humaine qui savait ce qu'elle faisait.
Emouvante rencontre qui fait monter en nous des images fortes de cérémonies
païennes : le maître de maison est seul sur son toit entouré de nuages gris.
Sa silhouette se détache à contre-jour sur les dernières lueurs du
crépuscule. Il brandit la patte en marmonnant un mélange d'imprécations
sataniques et religieuses, appelle le bon oeil sur sa maison et prie pour que la
foudre et les fuites n'atteignent jamais son toit. A quelques mètres de la
patte de chèvre, au milieu des gravats, nous trouverons quelques minutes plus
tard... un pied de biche, cet outil servant à arracher les clous. Simple oubli
d'un ouvrier peu attentif, ou clin d'oeil et communion avec les générations
précédentes ? Le pied de biche est allé rejoindre les outils de mon
atelier. La patte de chèvre, quant à elle, a été entreposée quelques
semaines sur le rebord de la cheminée, puis lorsqu'est venu le temps de
refermer le toit, nous l'y avons à nouveau enfermée, en espérant que ses
pouvoirs pourraient continuer à nous protéger.
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