Bonjour

Cette page n'est plus actualisée depuis la fin de l'année 2007 car le site "Cévenne vivante" a déménagé. Sa version actuelle, modernisée et complétée, se trouve maintenant à l'adresse suivante :

www.reveeveille.net/cevennevivante

A tout de suite :

Marc

 

 

 

Rêve éveillé

Cévenne vivante

Accueil Généralités Les gens La vie Bons coins Préhistoire, Histoire histoires Balades Photos Zones La can Plan du site Recherche Liens
Précédente Suivante

La boite aux lettres de Grattegals

•  •

 

Lorsqu'il arrive de Florac et se dirige vers Meyrueis, quelques centaines de mètres après avoir laissé sur la gauche la route qui monte vers Saint Laurent de Trèves, un automobiliste attentif peut remarquer, au bord de la route, une tache jaune dans la roche grise, à un peu plus d'un mètre du sol.

Rares sont ceux qui doivent y portent attention. Moi-même j'ai dû passer devant une bonne cinquantaine de fois avant de la remarquer. Un jour pourtant, mon oeil indifférent a fini par percevoir une fulgurance de couleur, à la limite de mon champ de vision. Bref signal, mais suffisant pour que j'y fasse un peu plus attention lors de mes passages suivants, et que je guette l'objet au détour de chaque virage, sans toutefois pousser la curiosité jusqu'à m'arrêter car vous comprenez, le temps de l'homme sérieux est beaucoup trop précieux pour être gaspillé inutilement. Un jour que j'allais mon chemin plus sereinement que d'habitude, j'ai pourtant fini par ralentir, et puis m'arrêter...

L'objet était une sorte de boite jaune, dont la forme me rappelait confusément quelque chose, mais dont la présence en ces lieux déserts me semblait pour le moins incongrue. Pourtant, m'approchant, je ne pus plus douter de ce que je voyais :

Il s'agissait bien d'une boite postale ! Pas une de ces boites à sardines en toc qui sonnent le creux lorsqu'on tape dessus, non. Une vraie solide, à l'ancienne. En fonte, avec le mot "Postes" écrit en relief, et une enluminure qui fait le tour de la porte, et qu'on peut suivre avec le doigt.

Le schiste a été creusé pour la sceller bien solidement, pour qu'elle soit parfaitement droite l'employé des PTT qui l'a mise en place a posé deux petites lauzes en dessous. Parce que, vous comprenez, une boite postale de travers, ce n'est tout simplement pas possible. Pour accueillir des lettres, il faut être droit.

Et maintenant, la boite postale trône là, immobile et royale dans sa solitude.

Sur la face de la boite, une indication de levée, poste de Florac. Tout semble opérationnel. Pourtant, on a beau se tourner d'un côté, de l'autre... aucune habitation en vue, aucun chemin en provenance d'une maison isolée cachée aux regards... Des gens viennent-ils parfois glisser quelque missive dans cette fente ? Un facteur s'arrête-t-il parfois ici, ouvre-t-il cette solide porte chaque jour pour, chaque jour, constater qu'il n'y a rien ?

Le pragmatisme du service public français ne me laisse pas de doute : si les PTT ont scellé ici une boite, c'est qu'il y a, ou qu'il y a eu, besoin d'une boite. L'utilité actuelle me semble limitée, c'est donc par le passé qu'elle a servi.

Alors je cherche, je fais des hypothèses... En traversant la route et en me penchant vers le ravin, j'aperçois le Tarnon, qui se fraie quelques dizaines de mètres plus bas un chemin au travers des rochers. Et de l'autre côté, à quelques centaines de mètres, 3 maisons blotties les unes contre les autres. C'est Grattegals. Quelques années après avoir pour la première fois remarqué la boite, j'ai eu les premiers éléments d'information sur sa longévité : posée en une époque reculée à laquelle les hameaux de Grattegals et de Vernagues vivaient étaient encore suffisamment peuplés pour générer un courrier abondant, la boite aux lettres serait restée en place plus longtemps que ne l'aurait spontanément décidé l'institution PTT par le bon vouloir du maire de Saint Laurent, qui vivait... à Grattegals.

Il me reste à imaginer quelque vieux paysan, se saisissant un petit matin d'une unique lettre. Il sort de la maison en rajustant son épais manteau et son cache-nez pour lutter contre la brume glacée du matin. Il descend vers la rivière en assurant bien son pied sur le tronc d'arbre glissant jeté en travers de l'eau. La rivière est encore basse et tranquille en cette saison, mais dans quelques semaines les premières crues vont commencer à soulever et déplacer périodiquement le bois, rendant tout passage impossible. Le courrier s'accumulera sur le frigo Il faudra à chaque fois surveiller la décrue, et au moment propice, lorsque l'eau sera à hauteur idéale, appeler un voisin de Vernagues qui descendra d'en face pour prêter la main et remettre le fragile et précieux pont en place sur ses socles.

Le paysan entame la montée parmi les bartas. En quelques minutes il est au chemin muletier. Il est heureux de confier son carré de papier blanc à ce cube de métal jaune, car il sait qu'une fois le geste fait, rien ne peut plus arrêter sa lettre, qui est dorénavant entre les mains de l'état, de la civilisation. La lettre ira où il en a décidé, quoi qu'il arrive !

De satisfaction autant que de froid il se frotte les mains en y envoyant un souffle d'air tiède, puis reprend le chemin de la rivière pour aller boire le premier café du matin.

Indifférentes aux innombrables matins brumeux qui ont passé sur cette vallée, à l'histoire des lettres d'amour et de mort qui ont entamé ici leurs voyages, les voitures passent à pleine vitesse. Moi, depuis que j'ai repéré cette boite, je ralentis à chaque fois que j'en approche, priant pour qu'elle soit encore là, et qu'un facteur continue à venir l'ouvrir chaque jour...

Précédente Suivante


Si ce site vous a été utile...
Dernière mise à jour : 02/11/07
Me contacter. Aller voir ma page perso. A propos de "Rêve éveillé"