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Nous fûmes bien évidemment d'abord attirés par la "reine" : la cathédrale, avec sa flèche de fonte culminant à 152 m, la plus haute d'Europe depuis l'incendie de la flèche de la cathédrale de Cologne, disait-on (sans prendre la peine de vérifier l'information, toutefois). Le bruit courait dans le milieu étudiant que "des gens" en faisaient parfois l'ascension, la nuit, en cachette. L'idée nous séduit immédiatement et nous commençâmes à explorer de jour les abords de la vénérable dame pour imaginer un itinéraire menant vers le sommet. Quelle que soit l'église à gravir, le problème est toujours le même, et il se situe... dans les premiers mètres ! En effet, la flèche, qui cristallise tous les fantasmes des grimpeurs, offre souvent tout ce qu'il faut pour une escalade facile : des gargouilles en grand nombre, des échancrures permettant de se faufiler, voire d'établir des relais confortables. L'accès à la flèche se fait également assez aisément depuis les coursives situées à la base des toits. Il y a souvent, quelque part, une petite porte d'entrée donnant sur un étroit et interminable escalier en colimaçon qui émerge à la base de la flèche. Dans le cas de la cathédrale, il est situé à l'intérieur du toit couvrant le transept sud. Celui-là, il peut se vanter de nous avoir donné du fil à retordre : trois expéditions nocturnes ont été nécessaires pour en découvrir l'accès. Nous errions dans le noir, de niveaux en niveaux, passant et repassant devant l'entrée de ce toit sans imaginer que la solution se trouvait là... mais n'anticipons pas. Le problème principal consiste donc à atteindre cette coursive. Car en dessous, ce sont les murs, verticaux et lisses. Au bas mot 20 mètres pour les "petites" églises, près de 40 mètres pour les géantes. La vraie épreuve est là, d'autant qu'à ce niveau, on est encore dans la ville, à la vue des passants et de la maréchaussée. Il faut trouver un passage qui puisse être franchi rapidement, silencieusement, discrètement. Nos équipées nocturnes avaient donc comme premier objectif de trouver le "point faible", le talon d'Achille du bâtiment. Dans la plupart des cas, il s'agit d'un échafaudage. Les églises de Rouen, massacrées année après année par la pollution atmosphérique, sont en perpétuelle rénovation. Des ouvriers grattent la pierre, faisant disparaître à grand coups de brosse la couche noire incrustant les pierres, pour leur redonner leur blancheur originelle. D'immenses échafaudages sont mis en place pour des années, mais ils sont eux même protégés pour éviter les intrusions trop faciles de la part de gens comme nous. Les dix premiers mètres de tubulures, trop faciles à escalader, sont généralement recouverts de plaques de métal lisses. |
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