| Nous voici au col. C'est certain, nous ne monterons
pas plus haut aujourd'hui. Nous terminerons la montée demain, et
perdons une journée pour notre projet d'exploration, voilà tout. Cet
endroit est parfait pour planter la tente et installer un camp
agréable, transformons donc cette contrainte en un moment de plaisir
! |

Le col, et au loin derrière la brèche
de Roland |
| Nous surplombant de son énorme masse, la falaise de la brèche approche tout
doucement. Dans cette pente, compte-tenu de nos positions légèrement
inclinées vers
l'avant, le fait de lever la tête donne l'impression qu'elle penche tout
entière au dessus de nous et qu'il s'en faut de peu pour que tout le paysage ne
nous bascule dessus. Yvan et moi ne pensons même pas à prendre une photo,
c'est pour dire... Passée la brèche, nous pénétrons instantanément dans un autre univers.
La chaleur monte de plusieurs degrés, le rocher apparaît partout, perçant la
couche de neige. C'est l'Espagne. Très loin, très bas, les énormes falaises
des prépyrénées aragonaises déploient leurs ondulations en vagues
successives jusqu'à disparaître dans la brume de chaleur. Pour m'être
déjà promené dans ces endroits, je sais que la vie y est rare, les traces
humaines limitées à quelques villages minuscules et dépeuplés perdus au
milieu de dédales de canyons asséchés. J'y ai toujours senti une parenté
avec les paysages du Colorado, de l'Utah ou du nouveau-Mexique, au sein desquels
se fondent totalement des populations d'indiens ayant parfaitement adapté leur
mode de vie à cette sécheresse et à ce relief.
De ce côté-ci de la brèche, on se sent bien loin de la civilisation. Nous voici seuls avec la montagne et le grottes.
Vers note gauche, à environ 1 kilomètre et demi, légèrement en contrebas,
une falaise se détache du versant et s'avance vers le sud sous forme d'un vaste
promontoire : c'est le col des Isards, notre objectif. Au pied de la falaise,
une virgule sombre est bien visible : c'est le porche d'entrée de LA grotte
Casteret, la première à avoir été explorée, et la seule régulièrement
fréquentée de nos jours. En nous installant au col des isards, nous serons donc à
pied d'oeuvre, c'est le moins qu'on puisse dire !
Nous rejoignons le col en une longue traversée descendante qui passe juste
sous la falaise. Bigre, quel surplomb impressionnant ! Le sol est constellé de
cailloux qui se détachent sans cesse de la paroi sous l'action du dégel qui
est maintenant à sa plus forte efficacité. Nous en entendons parfois siffler
au loin, l'endroit n'est pas des plus rassurants et nous ne tardons pas,
enchaînant aussi vite que possible nos virages dans cette pente malpratique car
étroite, raide et constellée de cailloux.
|

Sur le versant espagnol, au dessus du col des Isards.
L'appareil photo s'est laissé impressionné par le contrejour, la photo est
sombre, dommage... |
Enfin, nous laissons nos sacs tomber lourdement dans la neige du col des
Isards. Quelle récompense de nos deux jours d'efforts. Le site est parfait, il
faut chaud, la vue est ouverte à 360 degrés, et nous sommes entourés de
sommets et de grotte tous proches qui constituent pour nous des buts de balades
courtes et faciles. |