Rêve éveillé

La montagne tranquille

Vers le col des Isards

 

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Nous voici au col. C'est certain, nous ne monterons pas plus haut aujourd'hui. Nous terminerons la montée demain, et perdons une journée pour notre projet d'exploration, voilà tout. Cet endroit est parfait pour planter la tente et installer un camp agréable, transformons donc cette contrainte en un moment de plaisir !


Le col, et au loin derrière la brèche de Roland

Le lendemain, la dernière montée se révèle facile et rapide. Dans les pentes nord qui mènent à la brèche de Roland, la neige présente un curieux aspect que je n'ai jamais observé précédemment : Elle est poudreuse au dessous, recouverte d'une très mince pellicule de glace qui brille de mille feux dans le soleil du matin et se brise avec un son cristallin et léger à notre passage. Les débris glissent vers le bas en accélérant progressivement, jalonnant notre itinéraire d'une petite musique répétitive montant sans cesse vers l'aigu.
L'approche de la brèche de Roland est saisissante. Derrière nous, le paysage s'élargit à l'infini. 
Nous surplombant de son énorme masse, la falaise de la brèche approche tout doucement.  Dans cette pente, compte-tenu de nos positions légèrement inclinées vers l'avant, le fait de lever la tête donne l'impression qu'elle penche tout entière au dessus de nous et qu'il s'en faut de peu pour que tout le paysage ne nous bascule dessus. Yvan et moi ne pensons même pas à prendre une photo, c'est pour dire...

Passée la brèche, nous pénétrons instantanément dans un autre univers. La chaleur monte de plusieurs degrés, le rocher apparaît partout, perçant la couche de neige. C'est l'Espagne. Très loin, très bas, les énormes falaises des prépyrénées aragonaises déploient leurs ondulations en vagues successives jusqu'à disparaître dans la brume de chaleur. Pour m'être déjà promené dans ces endroits, je sais que la vie y est rare, les traces humaines limitées à quelques villages minuscules et dépeuplés perdus au milieu de dédales de canyons asséchés. J'y ai toujours senti une parenté avec les paysages du Colorado, de l'Utah ou du nouveau-Mexique, au sein desquels se fondent totalement des populations d'indiens ayant parfaitement adapté leur mode de vie à cette sécheresse et à ce relief.

De ce côté-ci de la brèche, on se sent bien loin de la civilisation. Nous voici seuls avec la montagne et le grottes.

Vers note gauche, à environ 1 kilomètre et demi, légèrement en contrebas, une falaise se détache du versant et s'avance vers le sud sous forme d'un vaste promontoire : c'est le col des Isards, notre objectif. Au pied de la falaise, une virgule sombre est bien visible : c'est le porche d'entrée de LA grotte Casteret, la première à avoir été explorée, et la seule régulièrement fréquentée de nos jours. En nous installant au col des isards, nous serons donc à pied d'oeuvre, c'est le moins qu'on puisse dire !

Nous rejoignons le col en une longue traversée descendante qui passe juste sous la falaise. Bigre, quel surplomb impressionnant ! Le sol est constellé de cailloux qui se détachent sans cesse de la paroi sous l'action du dégel qui est maintenant à sa plus forte efficacité. Nous en entendons parfois siffler au loin, l'endroit n'est pas des plus rassurants et nous ne tardons pas, enchaînant aussi vite que possible nos virages dans cette pente malpratique car étroite, raide et constellée de cailloux.


Sur le versant espagnol, au dessus du col des Isards. L'appareil photo s'est laissé impressionné par le contrejour, la photo est sombre, dommage...
Enfin, nous laissons nos sacs tomber lourdement dans la neige du col des Isards. Quelle récompense de nos deux jours d'efforts. Le site est parfait, il faut chaud, la vue est ouverte à 360 degrés, et nous sommes entourés de sommets et de grotte tous proches qui constituent pour nous des buts de balades courtes et faciles.

 

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Dernière mise à jour : 04/11/08
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