Rêve éveillé

La montagne tranquille

Notre première grotte

 

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Une fois le camp installé, incapables de nous contenir d'avantage, nous nous précipitons sur nos skis et partons en direction du nord, pour rejoindre la falaise sommitale qui marque la frontière avec la France. Cette falaise se prolonge sur la droite aussi loin que porte le regard, et d'après la carte, quasiment jusqu'au Mont Perdu, distant d'une dizaine de kilomètres. Hormis la grotte Casteret, les grottes glacées sont disséminées au pied de cette falaise. Nous en aperçevons une ou deux de notre camp, mais il faudra chercher un peu pour les autres. Il semble d'ailleurs évident, vu la complexité et l'immensité du lieu, que de nouvelles grottes restent à découvrir un peu partout.
Un minuscule sac sur le dos, nous nous sentons incroyablement légers, et montons vers la falaise au pas d'un skieur de fonds. En 10 minute la montée est enlevée, et nous partons vers la droite en quête de cavités. La première ne se fait pas attendre. C'est un petit porche noir dans lequel descend directement une grosse congère de neige. Un courant d'air glacé monte vers nous.
Le passage de la lumière à l'ombre, de la chaleur au froid glacial, est rude. Plus encore que dans une balade spéléo ordinaire. Après avoir descendu quelques mètres dans le noir et la neige, nous restons debout, immobiles, encore aveuglés du souvenir du dehors. Pas de bruit, pas de gouttes tombant du plafond, tout est gelé ici...

Sur le lac gelé
Peu à peu notre vue s'accommode, et nous permet de distinguer une masse plane et sombre recouvrant le sol... C'est un lac. Un lac gelé. Nous posons prudemment un pieds dessus, puis un autre. Malgré la transparence de la glace, Le faisceau de nos lampes ne parvient pas à éclairer le fonds. Quelle épaisseur fait cette glace ? Est-elle solide ? Et si elle casse sous notre poids, combien d'eau y a t'il en dessous ?
L'atmosphère, alourdie de ces questions sans réponse, me semble franchement hostile et inquiétante tout à coup. Est-ce que je ne suis pas en train de faire une connerie en m'aventurant là-dessus ? On a tellement lu et entendu raconter des accidents bêtes...

Chaque pas me rassure un peu, et bientôt j'ai oublié mes peurs et nous déambulons en silence sur cette étrange chaussée qui crisse sous les pointes de nos crampons. Cette grotte n'est pas très vaste, mais chaque recoin est source de découverte. Par endroit, le plafond est constellé de critaux de glace plus gros que tout ce que j'ai jamais vu : certains atteignent plusieurs centimètres de diamètre.


Les cristaux de glace géants
Ce gigantisme s'explique facilement : l'absence de vent et de raisons de destruction, les températures négatives toute l'année leurs permettent de se développer indéfiniment, tant que rien ne vient les détruire.

Un court ramping sur la glace nous permet de nous faufiler dans une petite salle dont le sol est une sorte de rivière de glace : on y distingue de petites cascades, des gourds, des lignes de courant, tout comme dans une rivière normale... sauf que ce qui coule lentement, siècle après siècle, c'est de la glace, parfaitement transparente. Signe de la lenteur du processus, des stalactites courtes sur patte et ventrues comme des mamas castillannes nourries à la tortilla, se sont formées sur ce sol qui se meut au ralenti. Nous rampons au coeur d'une étrange forêt de baobabs nains qui nous arrivent à hauteur des yeux.

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Dernière mise à jour : 04/11/08
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